Publié par Équipe CARRY U le

Cas vécu · Vol à l'arraché

Elle a poursuivi le voleur de son téléphone sur 2 km : la bonne idée ?

Une designer de Londres a couru derrière les deux voleurs qui venaient de lui arracher son téléphone des mains. Elle l'a récupéré, avec six autres. Son histoire vraie, et ce que la police en pense.

Faut-il poursuivre un voleur de téléphone ? Izzy Du ne s'est pas posé la question. Un matin de semaine, sur une grande artère du nord de Londres, deux silhouettes à vélo lui ont arraché son téléphone de la main. Elle a couru. Presque deux kilomètres. Au bout de la course : son appareil retrouvé dans une haie, six autres téléphones dans le même sac, un suspect arrêté. Une fin heureuse, sauf que la police vous dira de ne jamais faire comme elle. Voici son histoire, racontée à BBC London, et la leçon qu'on peut en tirer sans courir.

La scèneTrois secondes, une main, un vélo

Ce matin-là, Izzy Du transporte un sac lourd d'une main. De l'autre, elle change la chanson qui joue dans ses écouteurs. C'est exactement la posture que les équipes à vélo recherchent : l'appareil visible, tenu d'une seule main, l'attention ailleurs. Deux personnes passent à sa hauteur, et le téléphone n'est plus là.

« Mon cœur a lâché. Je me disais : non, non, non, non. C'est horrible ; c'est le pire sentiment qui soit quand ça vous arrive vraiment. »

Izzy Du, à BBC London

Avant de conclure que ça n'arrive qu'aux gens distraits, une précision : c'est un métier. Un voleur londonien a admis devant la justice avoir arraché 24 téléphones en une seule heure. À ce rythme, la « vigilance » de chacun pèse peu : le geste dure moins de trois secondes et vous ne voyez rien venir, parce qu'il arrive par derrière. Nous avons détaillé comment rendre l'arraché physiquement impossible ; l'histoire d'aujourd'hui montre ce qui se passe quand il réussit.

La poursuiteDeux kilomètres à pied, en criant

Izzy Du court. « Je m'entraîne ces temps-ci, alors je suis capable de courir », dira-t-elle. Pendant près de deux kilomètres, elle garde les deux vélos en vue en criant qu'elle veut son téléphone. Elle les voit alors faire un geste que peu de victimes ont l'occasion d'observer : les voleurs remettent l'appareil à un troisième complice, en roulant. La marchandise et le risque voyagent séparément ; c'est une chaîne, pas un geste isolé.

L'un des deux descend du vélo. Elle le rattrape, le retient, des passants appellent la police. Un jeune de 16 ans est arrêté et accusé de vol. Sur le trottoir, trois autres personnes l'interpellent : eux aussi viennent de se faire arracher leur téléphone, la même matinée, par la même équipe.

« Toute votre vie est sur votre téléphone. Le moment ne pouvait pas être pire, avec tout ce qui se passait au travail ce jour-là. »

Izzy Du, designer, à BBC London
!

Ce que la police vous dirait avant de courir

La Metropolitan Police le répète : le vol de téléphone est un crime envahissant et parfois violent. Ne risquez jamais votre sécurité pour un appareil. Plusieurs corps de police nord-américains le formulent encore plus directement : on ne poursuit pas, on appelle les secours. Izzy Du a gagné son pari contre un adolescent à pied ; face à un scooter, à un complice de plus ou à une lame, la même course se termine autrement. Son histoire est une exception statistique, pas une méthode.

La haieSept téléphones dans un sac de plastique

La suite ressemble à une enquête qu'elle mène elle-même. Les voleurs ont retiré sa carte SIM, le réflexe standard pour couper la localisation et les codes de vérification ; ils n'ont pas remarqué que son téléphone avait une deuxième SIM. De son ordinateur, elle voit donc l'appareil, immobile, à quelques rues de là. La police, occupée ailleurs, ne se déplace pas pour la haie indiquée par le traceur. Elle y retourne donc avec un témoin de la scène, fouille, et trouve un sac de plastique : sept téléphones, dont le sien. Elle en rend trois à leurs propriétaires croisés pendant la poursuite et remet les trois autres aux policiers.

Un sac dans une haie, c'est la première étape d'un circuit beaucoup plus long. Les appareils y attendent la fin de la tournée avant de rejoindre des grossistes, puis, souvent, l'étranger ; nous avons suivi ce circuit jusqu'aux comptoirs de Shenzhen dans notre enquête sur la filière des téléphones volés. C'est aussi pour ça que les récupérations sont rares : environ 750 appareils retrouvés par la police londonienne en six mois, pendant que des dizaines de milliers disparaissent. Une fois le sac ramassé, votre téléphone n'est plus dans votre ville ; il est dans les statistiques mondiales.

Découvrir LOCKÜP

Prix, disponibilité, éléments inclus et compatibilité : consultez la fiche produit actuelle avant de choisir.

Voir la fiche produit →

La leçonCe qu'elle referait autrement, en quatre réflexes

Le récit d'Izzy Du contient tout le plan d'action, à condition d'en inverser l'ordre : ce qui l'a sauvée, ce n'est pas la course, c'est la préparation involontaire (une deuxième SIM que les voleurs n'ont pas vue) et des témoins. Version délibérée, sans cardio :

1

Avant : rendez votre téléphone traçable et muet

Activez Localiser et la protection en cas d'appareil volé, masquez les aperçus de messages sur l'écran verrouillé pour que les codes de récupération restent invisibles, et notez votre IMEI en composant *#06#. Ce sont les recommandations officielles de la Metropolitan Police, et elles prennent dix minutes.

2

Pendant : observez, ne poursuivez pas

Votre sécurité d'abord. Mémorisez la direction de fuite, les vêtements, le type de vélo ou de scooter, et si d'autres victimes vous interpellent, échangez vos coordonnées : à plusieurs, votre déclaration pèse plus lourd.

3

Dans les 5 minutes : verrouillez à distance

Depuis le téléphone d'un proche ou un ordinateur, passez en mode perdu, bloquez vos cartes de paiement et changez le mot de passe de votre courriel. Le plan complet des cinq premières minutes est ici.

4

Dans la journée : déclarez, même sans espoir

Portez plainte avec l'IMEI : au Québec au poste de quartier ou en ligne, en France via Ma Sécurité, où l'opérateur bloque ensuite l'appareil sous quatre jours ouvrés. Seulement 31 % des victimes de vols dans les transports déposent plainte selon le ministère de l'Intérieur français ; or ce sont ces plaintes qui dirigent les patrouilles. Comment déclarer, étape par étape.

Le contexte donne raison à la prudence plutôt qu'à l'héroïsme : en France, les vols violents sans arme sont repartis en hausse de 2 % en 2025 selon le SSMSI, et à Londres, malgré une baisse de 12 %, on déclare encore un téléphone volé toutes les sept minutes. La bonne nouvelle du récit d'Izzy Du n'est pas qu'on peut gagner une course contre des voleurs ; c'est que chaque maillon de leur chaîne (la SIM retirée, le sac caché, la revente) a une parade qui ne demande aucun sprint.

Questions fréquentesPoursuivre, retrouver, prévenir : vos questions

Faut-il poursuivre un voleur qui vous arrache votre téléphone ?

Non. La Metropolitan Police et la plupart des corps policiers recommandent de ne jamais risquer sa sécurité pour un appareil : certains arrachés tournent à l'agression. Observez la direction de fuite, alertez la police immédiatement et verrouillez l'appareil à distance. Izzy Du a réussi sa poursuite ; c'est l'exception qui confirme le conseil.

La police peut-elle retrouver un téléphone volé ?

Rarement : environ 750 appareils récupérés en six mois à Londres, contre des dizaines de milliers de vols. Vos chances augmentent si vous déclarez vite, avec l'IMEI et une localisation active ; elles s'effondrent dès que l'appareil rejoint la filière d'exportation.

Pourquoi les voleurs retirent-ils la carte SIM immédiatement ?

Pour couper la localisation et empêcher les codes de vérification d'atteindre votre numéro. C'est ce qui a trahi les voleurs d'Izzy Du : son appareil avait une deuxième SIM restée active, et la localisation a continué. Une eSIM offre la même résilience.

Que faire dans les cinq premières minutes après un vol à l'arraché ?

Verrouiller l'appareil à distance en mode perdu, bloquer les cartes de paiement, changer le mot de passe du courriel principal, puis déclarer à la police avec l'IMEI. En France, l'opérateur bloque l'appareil sous quatre jours ouvrés après la plainte.

Comment empêcher qu'on vous arrache le téléphone des mains ?

En retirant la condition numéro un de l'arraché : l'appareil tenu libre, d'une seule main. Un téléphone physiquement attaché à vous, poignet ou bandoulière, transforme le geste de trois secondes en lutte perdue d'avance ; les équipes à vélo passent au suivant. Notre guide complet de l'anti-arraché détaille les autres réflexes.

Gardez votre téléphone près de vous

Izzy Du a récupéré son téléphone à la course. Vous pouvez obtenir le même résultat sans quitter le trottoir : un appareil attaché à vous ne se rend jamais à la haie.

Découvrir la collection LOCKÜP →

Sources : BBC London, récit d'Izzy Du et chiffres de la Metropolitan Police · Metropolitan Police, conseils officiels contre le vol à l'arraché · SSMSI, Insécurité et délinquance en 2025, ministère de l'Intérieur (France) · Fédération Française des Télécoms, blocage IMEI · Chiffres londoniens 2025 : Mairie de Londres et Metropolitan Police. Mise à jour : août 2026.

← Article précédent Article suivant →